Environ 10 000 personnes meurent prématurément chaque année en Europe en raison de la pollution causée par les voitures diesel liée aux oxydes d’azotes (NOx), selon une nouvelle étude menée par une équipe internationale de chercheurs. La Belgique compte 290 décès.

La moitié de ces décès est due à des émissions dépassant les limites européennes. Ils sont la conséquence directe des évaluations truquées de l’impact environnemental des voitures qui ont attiré l’attention de l’opinion publique en 2015, au moment du scandale Volkswagen et du Dieselgate qui s’en est suivi.

L’étude, couvrant les 28 Etats membres de l’UE, la Norvège et la Suisse, a été menée par l’Institut norvégien de météorologie (MetNorway), en coopération avec l’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués (IIASA) en Autriche et le Département de l’espace, de la Terre et de l’environnement de l’Ecole polytechnique Chalmers en Suède.

La Suisse se place en huitième position dans le classement européen du nombre de décès. Les quatre pays les plus touchès sont l’Italie, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. La plupart des victimes (70 %) sont originaires de ces quatre pays, en raison du nombre important d’automobiles diesel qu’on y dénombre et de leur démographie importante. En effet, 50 % des Européens y habitent.

On retrouve également dans le top 10 des pays comme les Pays-Bas, la Pologne, l’Espagne, la Suisse et la Hongrie. Les 20 pays restant représentent 23 % de la population européenne mais à peine 10 % des décès prématurés. En Norvège, en Finlande et à Chypre, les risques sont au moins 14 inférieurs à la moyenne européenne.

« Si les voitures diesel respectaient les normes européennes en matière d’émissions, environ 5000 décès prématurés auraient été évités », déclare Jens Borken-Kleefeld, expert des transports à l’IIASA. « Et 7500 vies auraient été épargnées (soit 80 % de l’ensemble) si les moteurs diesel éméttaient aussi peu de d’oxydes d’azote que les moteurs à essence. » En effet, l’UE a établi des limites bien plus strictes pour les voitures à essence qui, en conséquence, génèrent moins d’émissions toxiques.

Le dépassement des plafonds résulte de failles dans le système de surveillance environnemental européen. Les producteurs automobiles doivent prouver aux agences nationales de contrôle que leurs véhicules respectent les limites contraignantes, appelées normes « Euro ». Au fil du temps, l’UE les a rendues plus sévères (Euro 6 étant les plus drastiques) pour que les moyens de transports par route deviennent progressivement propres. Néanmoins, ce mécanisme de certification repose sur des tests de laboratoire obsolètes. L’affaire Volkswagen a contraint les gouvernements et le secteur à admettre la vérité : les émissions en conditions réelles se sont avérées bien plus élevées que les valeurs de laboratoire, certaines dépassant de 400 % les limites Euro.

Suite à l’indignation publique provoquée par le scandale, l’UE a accéléré la mise en place de tests sur routes visant à assurer des mesures plus réalistes des émissions automobiles. La nouvelle procédure obligatoire vient d’entrer en vigueur (en septembre) pour les nouveaux modèles. Mais elle ne s’appliquera à tous les véhicules que dans deux ans.

Les transports constituent la principale source de pollution de l’air, responsable de 425 000 décès prématurés dans l’UE, la Norvège et la Suisse, selon l’Agence européenne de l’environnement. Plus de 90 % de ces décès sont dus à des maladies cardio-respiratoires liées à l’exposition aux particules fines (PM). Le gaz NOx représente un facteur clef dans la formation de ce polluant nocif.

« Nous avons réussi à établir un lien entre les émissions excessive de NOx et l’exposition de la population aux PM », explique Jan Eiof Jonson de MetNorway.

Les chercheurs ont utilisé des données publiques et une méthode de calculs se déclinant en trois étapes. Pour commencer, ils ont quantifié l’exposition aux PM générés par les oxydes d’azote émis par les voitures diesel. Ensuite, ils ont évalué le risque de décès prématuré lié à certaines maladies découlant des particules fines. Enfin, ils ont étudié la corrélation entre le risque de décès prématuré et l’exposition aux PM.

« Nous avons pu faire une estimation approximative du nombre de décès prématurés entre 2010 et 2017 et en sommes arrivés à une fourchette comprise entre 6000 et 13000 personnes », dit Borken-Kleefeld. « Nous nous sommes intentionnellement concentrés sur les décès liés aux NOx. Si nous devions tenir compte de tous les polluants, nous serions arrivés à un chiffre bien plus important. »

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